Dans la paroisse du Mée, il n'y a eu aucun dégât causé à l'église par fait de guerre.


En juin 1940, Le Mée reçut une cinquantaine de réfugiés, tandis qu'une vingtaine de familles de la paroisse a fui à son tour l'envahisseur.
Les Allemands n'ont occupé le pays que quelques jours et, depuis, n'ont fait que d'individuelles apparitions pour se ravitailler.
La population déplore encore l'absence de 18 prisonniers et de deux déportés du travail. Plusieurs autres, prisonniers ou requis, sont revenus assez heureusement.
Notre écart de tout centre et de toute grande voie de circulation nous a préservés des bombardements directs. Toutefois, les bombes, lâchées par douzaines et fréquemment, sur le camp d'aviation de Châteaudun, a sept kilomètres, a fait, plus d'une fois, trembler les vitres mais non les gens. Aucun dégât matériel n'est à réparer, même pas lorsque, par erreur sans doute, des bombes -quatre au total- sont tombées, à diverses dates, sur l'étendue de la commune.
Le silence de la nuit fut assez souvent rompu par le passage tumultueux d'une nuée de bombardiers en route vers l'Est, passage qui a duré parfois cinquante minutes.
Pour plusieurs habitants, une vision nocturne, féerique autant que sinistre, restera célèbre : c'est celle de l'explosion prolongée du camp de munitions de Châteaudun. Mais là encore, heureusement, il n'y eut nul dégât sur la paroisse.
Six jeunes gens et un homme marié qui, peut-être, s'étaient préparés dans l'ombre, se sont soudain révélés come faisant partie de la Résistance. La population ne les juge pas tous de la meilleure qualité. Aucun fait d'arme ne couronne leur tête, du moins que je sache.
Enfin, après des jours d'attente fiévreuse, la libération de notre petit pays s'effectua. Ce fut le 16 août dans la matinée que les premières voitures américaines s'arrêtèrent en face de l'église. Cris de joie & vivats, bouquets de fleurs et bouteilles rafraichissantes furent de la fête.
L'impression du pasteur fut d'abord réconfortante, en voyant les médailles et les scapulaires s'exhiber, sans respect humain, sur la poitrine de nos libérateurs. L'un d'eux ne vint-il pas spontanément saluer le prêtre en présentant ses camarades catholiques ?
Durant quelques jours seulement, quatre petits camps américains dressèrent leurs tentes chez nous, l'un à La Motteraye où chaque matin la messe se disait, un autre à La Canche, un troisième à Verdoye et un quatrième à droite de Villebeton.
Ils sont partis. Mieux vaut ne pas le regretter outre mesure, pour notre jeunesse.
Et le calme semble définitivement établi sur le territoire du Mée où seuls, sont encore attardés, pour exercer la prudence des enfants, quelques engins non éclatés dans les champs et sur le bord de la route de la Ferté-Villeneuil.

Le 23 novembre 1944

Ch. Combaud

Curé

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